un paradis dénaturé

Koh Phi Phi, un paradis dénaturé

Du 22 au 24 mars 2015

Du rêve à la réalité

Des collines boisées, des falaises vertigineuses se jetant dans une eau verte et cristalline, quelques plages de sable fin, un décor de rêve perdu en mer d’Andaman… Vous voici à Ko Phi Phi Don, un petit bijou de la Thaïlande, un paradis pour les amoureux de nature en quête de tranquillité.

Bienvenus à Ko Phi Phi Don

Bienvenus à Ko Phi Phi Don

Oui, mais voilà, ce paradis, nous l’imaginons 15 ou 20 ans en arrière, avant que la Thaïlande ne devienne une destination touristique majeure et, peut-être aussi, avant la sortie du film La Plage, tourné sur sa petite sœur, Ko Phi Phi Ley.

Aujourd’hui, les bateaux débarquent chaque jour des centaines de touristes en quête de dépaysement et de détente bon marché. Le résultat est édifiant, les hôtels et les pensions ont poussé comme des champignons et recouvert la quasi-totalité de l’isthme qui relie les deux parties de l’île ainsi que les flancs des collines environnantes. Les plages, clairsemées de déchets, sont envahies par les paillottes et les bars, ne laissant que peu de place à la horde de touristes désireux de poser leurs serviettes. Côté mer, les sacs plastiques et autres pailles qui flottent à la surface ne manquant pas de vous rappeler combien la surexploitation peut être dévastatrice. Si vous êtes venus pour trouver le calme, reprenez le bateau immédiatement et choisissez une autre île. Peu importe la plage sur laquelle vous avez choisi de buller, la foule et le bruit sont partout. Le ballet incessant des long-boat en partance pour les îles voisines génère un bourdonnement continu. Côté port, une jolie plage s’étend au pied des falaises, le spectacle est magnifique mais il faut s’y presser de bon matin. Dès l’heure du déjeuner, la petite île, déjà pleine comme un œuf, accueille les touristes venus de Phuket pour la journée. Il devient bientôt impossible d’admirer le paysage, ou même, d’accéder à la mer, les hors-bords flambants neufs étant amarrés à un mètre de la plage, les uns contre les autres…

A la nuit tombée, on se réjouit d’avoir choisi un hôtel un peu à l’écart, le centre du village de Tonsai n’étant qu’une succession de bars bruyants où de jeunes fêtards se plaisent à disputer le concours du plus grand buveur. Tout le monde flâne dans les rues muni de son seau d’alcool et la fête se termine toujours tard dans la nuit.

 

 

Notre petit coin tranquille, de bonne heure

Notre petit coin tranquille, de bonne heure

En quelques années, le petit paradis est devenu une usine à touristes en passe d’imploser. Quel gâchis…

Ko Phi Phi Ley, même combat…

Située à une vingtaine de minutes de sa grande sœur, Ko Phi Phi Ley paraît presque inaccessible tant ses côtes semblent abruptes. C’est un peu par hasard que nous avons découvert cette perle de l’Océan Indien. Alors que nous faisions une balade matinale sur la plage – nous étions allés admirer le lever du soleil depuis les hauteurs de l’île, nous avons été accostés par le propriétaire d’un long-boat. Il avait déjà deux clients désireux de se rendre à Maya Bay, la fameuse plage rendue célèbre par Leonardo DiCaprio, et nous proposait de les accompagner. Séduits par l’idée de pouvoir nous extirper de cette fourmilière à laquelle nous ne nous étions pas encore faits, nous avons sauté sur l’occasion.

Ko Phi Phi Ley, majestueuse

Ko Phi Phi Ley, majestueuse

C’est en compagnie de Gerardo et Nadia, deux argentins expatriés à Singapour que nous avons passé la journée. Après une traversée un peu agitée entre les deux îles, nous avons découvert la beauté sauvage de Ko Phi Phi Ley. Cernée de gigantesques falaises interdisant presque tout accès par voie terrestre, l’île nous est apparue comme étant préservée. Nous avons fait des haltes dans plusieurs criques aux eaux splendides et c’est armés de nos masque et tuba que nous sommes partis à la découverte du monde de Némo. Les poissons, appâtés par de petits morceaux de pain, sont venus en bancs à notre rencontre. Est-ce dû à la sur fréquentation des sites, les eaux n’étaient pas très poissonneuses et nous n’avons quasiment pas vu de coraux.

Nous sommes écrasés par parois abruptes

Nous sommes écrasés par parois abruptes

De retour sur notre embarcation, nous n’avons pu décrocher nos yeux de ces magnifiques falaises. Outre ses criques paradisiaques, Ko Phi Phi Ley est aussi un paradis pour les grimpeurs. Il faut déjà avoir un certain niveau pour s’attaquer à ces grandes parois qui surplombent la mer mais, une fois suspendu, le bonheur d’évoluer dans un tel environnement doit venir se mêler à l’adrénaline que l’ascension procure.

Après avoir exploré quelques criques, nous sommes enfin arrivés à Maya Bay. Une armée de hors-bords était amarrée et il nous était quasiment impossible d’apercevoir la plage qui avait tant fait couler d’encre. Nous avons été effarés par l’affluence de visiteurs, la plage était littéralement bondée. Notre pilote nous a proposé de nous arrêter sur une petite plage un peu à l’écart des foules.

Le choc, en arrivant à Maya Bay

Le choc, en arrivant à Maya Bay

Le pied posé sur cette terre de Robinson, nous avons découvert l’ampleur des dégâts. Cette plage de sable blanc, ce petit coin de paradis était jonché d’ordures… Le local qui nous accompagnait a ramassé quelques canettes et plastiques et est simplement allé les déposer un peu plus loin derrière des rochers. Personne ne semble prendre conscience de la catastrophe en cours, même les thaïlandais ne réagissent pas, comment peuvent-ils laisser leur propre environnement se dégrader à ce point ?

La tradition des fleurs

La tradition des fleurs

Côté mer, le constat a été tout aussi malheureux, en lieu et place des poissons et coraux, nous n’avons trouvé que des sacs plastiques, des emballages et des bouteilles. Ce lieu, de toute beauté, est saccagé par l’inconscience et la bêtise humaine, concentrées dans un tourisme de masse irresponsable.

Nous savions que Ko Phi Phi était une île très touristique mais nous n’avions absolument pas conscience des ravages en cours. Nous sommes tristes et révoltés de constater à quel point les gens sont irrespectueux de la nature qui les entoure et ne comprenons pas comment ils peuvent se plaire dans un environnement aussi dégradé.

Carpe diem…

Profiter du moment présent, voici notre ligne de vie alors, une fois notre colère apaisée, nous avons tenté de faire abstraction de la foule et de ses affres, et de profiter de ces îles enchanteresses.

Depuis les hauteurs de Tonsai, la vue sur l’isthme reliant les deux parties de l’île est imprenable. Nous sommes montés pour le lever du soleil qui, malheureusement, coïncidait avec la marée basse, il manquait donc l’eau turquoise à notre beau tableau. Il nous a fallu grimper à nouveau la colline pour faire la photo parfaite.

Après avoir exploré les hauteurs, nous avons écumé quelques-unes des plages de l’île à la recherche d’un petit coin tranquille. Aux deux extrémités de la baie de Tonsai, nous avons trouvé notre bonheur. Au pied des superbes falaises de Ko Nok – la partie ouest de l’île, nous avons goûté à la tranquillité avant l’arrivée des hors-bords venus de Phuket. Nous avons ensuite changé de décor pour rejoindre l’autre extrémité de la baie. Ici, plus de falaises, la côte verdoyante se découpe, laissant parfois apparaître de petites criques.

Il existe certainement des coins reculés qui méritent le détour mais il faut y consacrer du temps, ainsi qu’un petit budget pour emprunter les long-boat qui pourront vous déposer sur les plages et/ou dans les villages les plus éloignées.