Siem Reap les temples d’Angkor et le grand lac du Tonle Sap

Bienvenue au Cambodge ! Siem Reap, les temples d’Angkor et le grand lac du Tonle Sap

Du 12 au 16 avril 2015

Par Cédric dit « le beauf », en compagnie d’Ingrid dite « le cerveau de la bande » (ou « la mouette » selon l’humeur) et de David dit « le photographe-cinéaste-porteur-amuseur et apporteur de bonne humeur-amoureux quoique mari-réplique d’Apollon (il en fallait un)- … la liste est sans fin »

En route pour le Cambodge

A côté de notre trajet ferroviaire « au long cours » jusqu’à Chiang Mai, celui qui nous amèna au Cambodge fut grand luxe. Imaginez…

Après un départ de bon matin, il nous aura fallu moins d’une heure de vol jusqu’au vieil aéroport de Bangkok où nous avions une escale de trois heures et à peine une heure jusqu’à Siem Reap (prononcez « Sihème Rihèp’ »). La magie des voyages en avion…

Notre escale aura duré juste ce qu’il faut pour aller dire bonjour à Gros Donald (je balance : David était en manque, lol) et expérimenter la fantaisie des contrôles douaniers… A l’arrivée, les autorités cambodgiennes se feront, elles, plus tatillonnes. Nous ne remplirons pas moins de deux formulaires dans la chaleur du tarmac avant de faire la queue dans le terminal des arrivées pour obtenir nos visas (et encore un formulaire…) et enfin remettre l’ultime sésame pour pouvoir sortir du bâtiment.

Dans la chaleur cambodgienne, nous avons plissé les yeux devant la forte luminosité pour (summum du luxe)… repérer notre guide portant devant lui une affichette avec nos noms ! Un voyage de pacha je vous dis.

Pour profiter à plein des splendeurs qui nous attendent, nous avons en effet réservé un guide francophone avec chauffeur via une agence testée pour nous par Great Moum, un être quasi-surnaturel sachant dénicher les bons plans, dont vous avez forcément entendu parlé !

Quelques explications administratives plus tard (les communications avec l’agence ayant été quelque peu brouillées) et notre guide nous dépose devant notre havre de paix pour la durée de cette escale : deux chambres trouvées par Ingrid sur Air B’n’B, dans une authentique maison khmère du nom de My Home, tenue par Evelyne et Christophe, un couple de baroudeurs bien de chez nous.

Notre maison traditionnelle khmère

Notre maison traditionnelle khmère

Presque comme à la maison…

Le guide, lors de son repérage avant de nous récupérer à l’aéroport, n’avait pas trouvé la maison. Et pour cause ! Rien ne la différencie des autres demeures de cette banlieue paisible de Siem Reap. Il semble qu’y logent encore principalement des personnes fort argentées et/ou dignitaires du régime.

Accueillis par la chienne du foyer, Caramel, au caractère très local nous dira Christophe, nous nous sommes rapidement sentis à l’aise à l’issue des présentations. Il n’en sera pas autrement de tout notre séjour. Nous nous sommes si bien entendus que nous n’avons passés seuls qu’une seule soirée !

Dîner aux environs d'Angkor Vat, avec Evelyne et Christophe

Dîner aux environs d’Angkor Vat, avec Evelyne et Christophe

Nos hôtes nous ont ainsi emmenés avec eux manger non loin des temples (à 200 m d’Angkor Wat, si si !) ainsi que dans le quartier juste à côté de chez eux pour nous faire découvrir les spécialités locales. Nous (enfin les deux zouaves en goguette surtout) n’avons pour autant pas pu résister à l’option top luxe proposée par Evelyne : escalope normande et ch’tites patates sautées avec un coup de rouge.

Nous avons aussi pu admirer les illuminations nocturnes des temples préparées spécialement pour nous… Enfin presque : nous y étions pour le nouvel an khmer et avons donc pu profiter des festivités !

Quant aux matinées, nous avons eu droit à des croissants, de la baguette, de la confiture… enfin bref, un vrai petit bout de France au Cambodge. Une aubaine pour nos deux globe-trotters d’opérette qui commencent à cultiver le mal du pays côté culinaire, lol.

Un merveilleux petit déjeuner

Un merveilleux petit déjeuner

Un patrimoine exceptionnel

Le pays compte environ 14 millions d’habitants répartis sur un territoire d’une superficie de 186 000 km². 2 millions d’entre eux vivent dans la capitale, Phnom Penh, quand le reste de la population est rurale et exerce des activités essentiellement agricoles. Le Cambodge n’a développé aucune activité industrielle ou commerciale. Le pays est vert, tant vu d’en haut que du sol. Le riz fait évidemment partie des cultures les plus importantes, 40% de la production étant destinée à l’exportation. Ce serait selon notre guide l’un des, si ce n’est le meilleur, de la région.

A compter de l’unification au IXe siècle, la royauté khmère a dirigé l’empire depuis la région de Siem Reap. C’est là que furent établies jusqu’au XVe siècle les capitales successives, à l’exception de Koh Ker, 100 km au Nord Est, pour une durée de vingt ans à peine. Les sites historiques y sont donc très nombreux.

Les principales religions au Cambodge sont le brahmanisme (ou hindouisme) puis le bouddhisme, du Grand puis du Petit Véhicule. Ces religions ont été tour à tour adoptées par les rois successifs.

La religion brahmanique compte des milliers de dieux au sommet desquels se trouve la Trimurti dite Trinité Brahmanique : Brahma, Vishnu et le dieu suprême Shiva, trois aspect du même dieu.

Les temples khmers sont construits selon deux typologies :

Les temples « montagne » sont édifiés en terrasses pour symboliser le mont Meru, le royaume des dieux. Ils sont alors dédiés à l’un d’eux. On y trouve donc les symboles associés parmi lesquels le plus courant est le linga, symbolisant Shiva. Cette pierre de forme phallique repose sur un socle symbolisant le sexe de la femme, l’ensemble représentant la fertilité.

Les temples « à plat » sont, eux, dédiés aux ancêtres.

Les temples sont toujours construits de manière symétrique et principalement orientés à l’Est, vers le levant qui symbolise la naissance.

Vous l’aurez compris, tout dans la construction de ces édifices est symbolisme et édification de la population à la manière de nos églises. Les temples n‘étaient pas habités. Ils étaient destinés au culte, le Roi et la population n’y venant que pour les cérémonies.

Le lendemain de notre arrivée à Siem Reap, nous sommes donc partis pour trois jours de visite des temples. C’est, je crois, une durée adéquate pour une immersion dans cette civilisation, sans risquer l’overdose culturelle ni se presser dans les trajets et permettre une bonne mise en contexte par notre guide. Nous vous en livrons ici les principaux, juste de quoi vous mettre en bouche !

C’est ainsi, en descendant du temple de Phnom Bakheng érigé en haut d’une colline de 70 m, que nous avons aperçu les tours d’Angkor Vat, légèrement prises dans la brume.

Le temple d'Angkor Vat, entouré d'immenses douves

Le temple d’Angkor Vat, entouré d’immenses douves

Angkor Wat (prononcez « Angkor Ouatte », qui signifie « capitale monastère ») est certainement le temple le plus connu et le mieux conservé du Cambodge. Il représente l’apogée de l’art khmer et orne le drapeau national.

Il a été construit dans la première moitié du XIIe siècle sous le règne de Suryavarman II (« protégé du soleil ») et dédié à Vishnu. Le nom d’origine du temple est d’ailleurs Vishnuloka (qui signifie « monde de Vishnu »).

Le site est immense (210 ha), entouré de douves larges de plus de 160 m formant un périmètre de 1,3 km sur 1,5 km. Le temple lui-même a des proportions imposantes. On évalue ainsi que le volume de pierre nécessaire à sa construction est équivalent à celui de la pyramide de Kheops, la plus grande du site de Gizeh.

Curieusement, l’entrée donne à l’Ouest ce qui ne lasse pas d’amuser notre guide qui nous enjoint à en trouver la cause. La raison tout à fait valable voulant que l’entrée se trouve du côté de l’aéroport pour en faciliter l’accès aux touristes ne semble pas avoir convaincu David, je ne sais pourquoi…

Le temple est richement et finement décoré. Les galeries du temple sont ornées de nombreux bas-reliefs relatant les principales légendes hindouistes ainsi que la vie à la cour. Les décorations sont riches et magnifiques. Les balustres par exemple sont quasiment tous tournés et gravés ce qui, compte tenu de leur nombre, représente un travail gigantesque. La finesse des détails est proprement hallucinante pour reprendre un vocable actuel.

Passé le mur d’enceinte extérieur, l’allée centrale traverse de grands jardins où poussent librement des palmiers pour mener au temple proprement dit, devant lequel trônent deux grands bassins malheureusement partiellement asséchés.

Le temple se trouve donc au centre du site. Il comprend trois galeries enserrant cinq grandes tours, emblèmes d’Angkor Wat.

Passés par la galerie aux mille Buddhas, l’accès aux tours centrales se fait depuis la deuxième galerie par des escaliers inclinés à 70°. Un bel effort que nous avons épargné à notre guide et qui nous a gratifié d’une vue imprenable sur le site.

Chacun fait un voeu et met son lampion à l'eau

Chacun fait un voeu et met son lampion à l’eau

Plus récent, le temple de Ta Prohm (qui signifie « ancêtre de Brahma), n’a volontairement pas été complètement dégagé de la végétation qui le recouvrait suite à sa restauration par l’Ecole Française. Comme beaucoup de temples, ce nom est celui que l’usage populaire a retenu. Son vrai nom est en fait Rajavihara (qui signifie « monastère royal »). Il a été construit en 1186 sous le règne de Jayavarman VII et dédié à sa mère. Il est donc construit « à plat ».

Ce roi est dit « roi bâtisseur » avec plus d’une centaine d’édifices à son actif. Son œuvre prolifique a toutefois été la cause d’une qualité de construction moindre qui se ressent dans la pérennité des ouvrages.

D’immenses arbres comme le fromager et son « parasite préféré » le ficus étrangleur ont envahi les lieux depuis leur abandon par l’homme. Leur particularité est de pousser en hauteur, leurs racines suspendues descendant vers le sol. Elles sont donc accrochées ou enchevêtrées dans les pierres de l’édifice. Cela donne au site un charme et un caractère uniques. Ceci explique certainement pourquoi des scènes du film d’aventure « Tomb Raider » avec Angelina Jolie y ont été tournées en 2003.

Plus à l’Est se trouve un autre temple « à plat », Banteay Samre (qui signifie « citadelle des Samre », une peuplade de la région). C’est un très joli temple bâti durant la première moitié du XIIe siècle probablement sous le règne du même roi Jayavarman VII.

Peu impressionnant depuis l’extérieur, ce temple surprend volontiers le visiteur. Il est composé de 5 tours enfermées dans une enceinte assez épaisse qui forme un havre de paix. Nous avons d’ailleurs eu la chance de pouvoir profiter de ce lieu très agréable sans la foule, concentrée sur d’autres sites.

Pour nous rendre au Bayon, le temple situé au centre d’Angkor Thom (« Grande citée »), nous avons troqué notre minivan climatisé pour des tuk-tuk, certainement le moyen de transport « public » le plus utilisé par les cambodgiens après la mobylette « familiale ». Beaucoup plus lent, c’est aussi très agréable malgré la chaleur et bien plus amusant.

Le Bayon, un temple montagne

Le Bayon, un temple montagne

Angkor Thom étant parmi les sites les plus prisés, nous avons pu expérimenter les embouteillages cambodgiens de près au moment de passer la porte d’entrée Sud. La discipline routière ne semble pas ici être la règle …

Le bisou

Le bisou

La cité et tous les temples qu’elle contient ont été bâtis sous le règne de Jayavarman VII. La ville devait compter environ 100 000 habitants. L’entrée Sud de la ville se fait par un pont enjambant les douves. Les balustrades du pont sont faites de statues de 54 dieux à gauche et 54 géants à droite qui tous tirent sur le Naga, le serpent sacré et aussi monture de Buddha, pour baratter la mer de lait qui entoure le mont Meru et en extraire l’élixir de la vie éternelle. C’est une typologie qui se retrouve dans de nombreux sites.

Le Bayon est un temple « montagne ». Il compte 54 tours sur lesquelles sont gravés 4 visages. Ce temple est vraiment magnifique, tous ces visages apportent une âme à ce lieu qui nous a vraiment plu. Comme à Angkor Wat, la galerie extérieure est gravée de nombreux bas-reliefs qui, fait exceptionnel, figurent des scènes de la vie quotidienne. Nous avons ainsi pu en apprendre un peu plus sur les us et coutumes de l‘époque. Un vrai coup de coeur.

Si ces quelques descriptions vous laissent comme moi sur votre faim et que vous avez le temps, ne manquez pas de visiter les temples de Banteay Srei, Preah Rup et Neak Pean ainsi que le site de Kbal Spean, la rivière aux mille lingas. Prenez, lors de vos tribulations parmi les temples, la mesure des barays occidental et oriental, ces réservoirs d’eau gigantesques (8 x 2,2 km !) qui ont permis d’assurer une sécurité alimentaire aux habitants par la culture intensive du riz. Ils ont été construits il y a plus de 1000 ans et restent pourtant surprenants par leur démesure. Pas d’engins de chantier à l’époque pourtant …

Flânez dans la jolie campagne cambodgienne. Prenez le temps de détailler les maisons traditionnelles Khmer montées sur pilotis à une hauteur équivalente à un étage. Les plus riches sont construites en maçonnerie quand les plus pauvres sont en ossature de bambou et remplissage de feuilles de palmiers tressées. Si ces maisons sont construites en hauteur, c’est notamment à cause des risques d’inondation mais aussi pour éviter les attaques de bêtes sauvage, tigres, serpents et ours entre autres.

La campagne cambodgienne

La campagne cambodgienne

Ne manquez pas de goûter à l’occasion le sirop sucré que l’on tire du palmier, le fruit un peu amer de l’acadier ou le fruit de la fleur de lotus au goût de noisette. Admirez aussi les objets en bois de palmier.

Les villages flottants du Tonlé Sap

Comme le temps est vite passé, nous voilà déjà rendus au 4e et dernier jour dans la région de Siem Reap. Nous avons retrouvé notre chauffeur pour l’occasion et avons traversé le centre-ville encombré de Siem Reap pour la première fois, puis avons longé la rivière (vous vous souvenez, celle qui vient de Kbal Spean) plein Sud en direction de notre destination du jour, le Tonlé Sap qui signifie « grande rivière d’eau douce ». Cet immense lac est le plus grand d’eau douce d’Asie du Sud-Est et sert de stock tampon pour les eaux du Mékong. Le lac se déverse et se vide en effet dans le Mékong à la saison sèche et se remplit à la fonte des neiges et durant la saison des pluies, quadruplant au minimum sa surface. Le sens d’écoulement s’inverse donc deux fois par an au point de convergence des eaux, à Phnom Penh.

La route que nous avons empruntée, surélevée par rapport au paysage alentour fait de rizières – espaces inondés à la saison des pluies -, est elle-même parfois submergée. Historiquement, le riz flottant y était cultivé mais le rendement plus faible a amené à son remplacement par une variété plus courante.

Au loin, Phnom Krom émergea, dominant le village où se trouve l’embarcadère où nous nous rendions. Les maisons qui bordent la route sont toutes construites sur pilotis y compris la mairie et l’école du village.

Les maisons sur pilotis, à l'approche du Tonle Sap

Les maisons sur pilotis, à l’approche du Tonle Sap

Embarqués sur un bateau à fond plat et moteur à arbre long, nous avons descendu une rivière particulièrement boueuse compte tenu du niveau bas des eaux en cette saison pour rejoindre le lac. Les croisements des nombreux bateaux exigent du coup du doigté dans le pilotage ainsi qu’un dragage régulier.

Le lac est immense et ressemble à une mer intérieure dont nous ne voyions pas la limite notamment du fait de la brume quasi omniprésente.

Nous avons rejoint au bout d’une demi-heure le village flottant de Chong Khneas. Le lac en abrite une centaine qui, eux aussi, migrent au gré du niveau des eaux. Les maisons sont en effet arrimées à des ancrages faits de grands poteaux de bambous plantés dans le fond du lac et regroupés en botte comme une tonne en mer.

Comme désormais à l’accoutumée, notre guide a fait arrêter le bateau et nous a expliqué au calme tout ce qu’il y avait à savoir.

Ce village abrite environ 5 000 personnes dont la principale activité est la pêche. On y trouve aussi des magasins pour la réparation des maisons, des bateaux, pour l’alimentation, l’essence et bien sûr une école. Le lac sert à tout : route, eau de lavage, tout-à-l’égout, piscine, réserve de pêche… On se demande combien de temps cela durera.

Derrière nous, le village

Derrière nous, le village

Chaque maison est posée sur des bottes de tronc de bambou formant des flotteurs dont la quantité augmente avec la taille de l’édifice. Les troncs doivent être renouvelés régulièrement.

Après un arrêt dans une ferme de crocodile pour touristes, nous avons pris le chemin du retour.

Arrivés dans Siem Reap, un arrêt dans les ateliers école de l’association « Artisans d’Angkor » nous a permis de voir de plus près les techniques traditionnelles de sculpture sur bois et pierre, de travail de l’argent, du tissage et du vernissage. Du très beau travail.

Le travail des ateliers des Artisans d'Angkor

Le travail des ateliers des Artisans d’Angkor

C’est là que se terminera notre escapade guidée et nous terminerons la journée dans notre home-sweet-home.