Les irréductibles d’Arkaroola

Les irréductibles d’Arkaroola

Du 30 janvier au 1er février 2015

En route pour Arkaroola

En route pour Arkaroola

Nous y sommes !

Nous pensions avoir trouvé le bout du monde à Wilpena, nous en étions loin. A Arkaroola, nous sommes vraiment rentrés dans l’Outback australien. Lorsque nous avons quitté la route à Leigh Creek, nous nous sommes engagés sur notre première grande portion de piste, nous avions 125 km à parcourir pour atteindre Arkaroola, au bout de la route. Nous avons du mettre 3h, ça peut sembler long lorsqu’on sait que les pistes sont relativement bonnes mais nous n’en étions qu’à nos débuts en termes de pilotage. Sur piste, il est parfois possible d’atteindre les 90 km/h mais le rythme est régulièrement ralenti par des lis de rivières caillouteux et situés dans des cuvettes, ou bien des zones où la piste ressemble à de la tôle ondulée. Sur ces portions, la vitesse descend vite sous les 40 km/h car la perte de contrôle du véhicule peut être très rapide.

Arkaroola, c’est un village qui doit compter cinq maisons ainsi que l’Arkaroola Wilderness Sanctuary, une réserve créée par la famille Sprigg il y a quelques dizaines d’années. Celle-ci est destinée à protéger une zone géologiquement très riche du Gammon Ranges National Park et donc prisée par les sociétés minières. L’endroit est simplement magnifique et on comprend aisément que cette famille se soit battue pour empêcher quiconque de défigurer ces montagnes.

Bolla Bollana Springs

Bolla Bollana Springs

Durant la saison creuse – en été – le site tourne au ralenti avec seulement 6 personnes. En revanche, la saison fraîche voit arriver des touristes et chercheurs en nombre, jusqu’à 200 personnes par jour, nécessitant une hausse de l’effectif. Le ravitaillement, acheminé par camion depuis Adélaïde – à 600 km de là, environ 10h de route – n’a lieu qu’une fois tous les deux mois en basse saison alors que sa fréquence passe à une fois par semaine en haute saison. Lorsqu’ils souhaitent s’approvisionner en fruits et légumes frais, ils essaient plutôt de demander à leurs visiteurs de leur en apporter. Côté eau, le village est alimenté par un puits situé à 2 km ainsi que par des réserves d’eau de pluie, ils disposent d’une capacité de stockage en tank d’un million de litres. Les importantes précipitations des semaines passées ont été providentielles puisqu’elles ont permis le remplissage total des cuves, soit un stock équivalent à 2 ans de consommation.

La tête dans les étoiles…

Arkaroola, c’est également l’endroit idéal pour observer la voie lactée, aucune pollution lumineuse, une obscurité parfaite. Le site étant doté d’un puissant télescope, nous avons profité de l’occasion pour découvrir le ciel de l’hémisphère sud.

Notre guide, Doug, est le fils de Reg et Griselda Sprigg. Il a appris à décrypter le ciel sur le tas, au contact des nombreux chercheurs venus à Arkaroola pour bénéficier d’une visibilité exceptionnelle. La lune étant quasiment pleine, nous n’avons pas profité des meilleures conditions d’observation mais pour les néophytes que nous sommes, c’était amplement suffisant.

En route pour les étoiles...

En route pour les étoiles…

Doug est un passionné, qu’il s’agisse de la roche ou des étoiles, il vous transporte avec lui dans ces mondes merveilleux. Il nous a parlé des étoiles, de leur formation, de leur mort, ainsi que des planètes. Plus une étoile est jeune, plus sa couleur à l’observation apparaîtra bleu car elle est très chaude et dégage une chaleur intense. A l’inverse, plus une étoile est vieille, plus sa couleur va virer au jaune puis au rouge. Lorsqu’elles vieillissent, les étoiles grossissent, leur surface est donc beaucoup plus grande et elles doivent fournir beaucoup d’énergie pour briller. Lorsqu’elles n’en produisent plus assez, elles finissent par collapser et par disparaître.

Nous avons commencé par observer la lune et ses nombreux cratères puis sommes passés aux étoiles. Nous avons même observé une nova – une étoile très vieille qui a dégagé un nuage de gaz qui l’entoure – et aussi Jupiter. En fait, une planète ressemble à une étoile dans le ciel, elle brille de la même manière. Au télescope, nous avons pu voir les deux anneaux de Jupiter, constitués de gaz et de poussières, ainsi que ses 4 principales lunes qui gravitent autour. C’était vraiment très beau et très intéressant.

Du 4*4, du vrai

Un 4*4 pour se rendre à Arkaroola, ce n’est pas obligatoire mais tout de même beaucoup plus confortable, surtout si l’on ne veut pas passer 6h sur la piste. En revanche, si l’on veut accéder aux sites qui entourent le village, il devient totalement indispensable. La plupart des pistes suivent des lits de rivières couverts de grosses pierres et certains sont très endommagés par le ruissellement de l’eau lorsque le ciel se déchaîne. Résultat, des ornières conséquentes et des passages parfois difficiles, même avec notre van 4*4.

1h pour faire 6 km, ça devient long alors on oublie vite les sites perdus à une trentaine de kilomètres. Nous avons ainsi renoncé à nous rendre à Paralana Hot Springs, des sources dont l’eau est chauffée par source radioactive. Outre ce point, nous ne voulions pas prendre le risque que Chuchu perde ses derniers cheveux…

Un Yellow-footed rock wallaby

Un Yellow-footed rock wallaby

Par contre, nous avons sillonné les environs et découvert de nombreux « waterholes », des trous d’eau nichés au pied de grandes falaises. A l’Arkaroola Waterhole, nous avons eu la chance de pouvoir observer des Yellow Footed Rock Wallabies, ce sont de petits wallabies qui vivent sur des falaises relativement escarpées et s’y déplacent avec une facilité déconcertante. Ils sont magnifiques, de couleur ocre, ils arborent un plastron blanc et ont les pattes jaunes, tout comme leur queue qui est, en plus, annelée de noir.




Tous ces sites se méritent et l’on croise les doigts pour ne pas crever en chemin.

Retour sur terre

Finalement, dans ces coins-là, le meilleur moyen de transport reste bien nos pieds, avec eux au moins, on passe partout ! Après nous être perdus dans les étoiles, nous avons retrouvé la terre ferme et grimpé à l’Acacia Ridge, un sommet tout proche.

Acacia Ridge hike

Acacia Ridge hike

La randonnée n’était pas trop longue – 3h30 pour 5,8 km – mais nous ne sommes pas partis trop tard pour éviter les grosses chaleurs. Un membre de l’équipe nous a déposés au pied de la montagne, un peu plus bas dans la vallée et nous avons regagné Arkaroola par les hauteurs. Le paysage était splendide, nous avons parfois été embêtés par les mouches mais cela est resté supportable.

 

 

En route vers le sommet !

En route vers le sommet !

Nous avons suivi un sentier de terre rouge qui nous a conduits sur les crêtes, face à de superbes falaises colorées. Arrivés au sommet, nous avons pu apprécier un panorama grandiose à 360°. De là, on prend vraiment la mesure de l’isolement dans lequel se trouve Arkaroola, à perte de vue, aucun signe de vie. Parlez-en à Doug et il vous répondra qu’il y a dans les environs deux femmes – dont les maris sont décédés – qui gèrent d’immenses exploitations et élèvent leurs enfants, seules ; alors ici, il ne se sent pas isolé.

Arkaroola from Nemo Nemo on Vimeo.