La Paz

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La Paz, c’est pas naze !

La Paz, nous ne savions pas trop quoi en penser avant d’y arriver. Encore une grosse ville, nous n’en sommes pas fan comme vous le savez. Et puis en fait nous avons trouvé l’endroit sympathique.La Paz

La Paz, c’est une mégapole qui tapisse le fond d’une vallée et est encerclée, sur les hauteurs, par une autre mégapole nommée El Alto. Lorsque l’on arrive depuis le Lac Titicaca, on est stupéfait par l’étendue de ces deux villes. Les maisons semblent littéralement s’être accrochées aux pentes des montagnes environnantes pour gagner de l’espace.

Nous nous sommes installés en plein centre, dans le quartier de San Pedro, sans savoir que notre hôtel se trouvait en face de l’une des prisons les plus connues d’Amérique du Sud !

Ce sont deux jeunes boliviennes qui nous ont conté son histoire. Il faut savoir que dans la plupart des grandes villes d’Amérique du Sud sont organisés ce que l’on appelle des Free Walking Tour. Comme leur nom l’indique, il s’agit de visiter les villes avec des guides bénévoles. Bien sûr, le pourboire est le bienvenu mais le principe est vraiment chouette.

Ce sont deux français rencontrés à Cuzco qui nous ont mis au parfum et nous ont chaudement recommandé la visite de La Paz. Quel bonheur, nous avons passé 3h avec deux jeunes filles super motivées, amoureuses de leur pays et de leur ville. Nous n’avons pas visité de monument mais plutôt déambulé dans différents quartiers tout en nous cultivant sur la politique, la culture et les traditions boliviennes. C’était vraiment extra !

Elles nous ont parlé de la fameuse prison de San Pedro. L’établissement est totalement surpeuplé, 2 500 prisonniers au lieu des 200 normalement prévus. Ceux-ci ne sont surveillés que par une cinquantaine de gardiens, leur nombre pouvant descendre à cinq le week-end.

La vie à l’intérieur n’est a priori pas trop difficile, surtout pour ceux qui ont de l’argent. Ils ont le WI-FI, certains ont des salles de bain privées voire des jacuzzis. Dans la prison, il y a deux manières d’obtenir de l‘argent, une manière « propre » consiste à vendre de la nourriture et des boissons. La seconde manière consiste à vendre de la drogue. La prison abriterait un atelier de fabrication et obtiendrait la drogue la moins chère du pays. Cette drogue est bien sûr destinée à la consommation des prisonniers mais aussi à la vente à l’extérieur. Des sachets seraient lancés de la prison vers l’extérieur pendant que les gardiens tournent la tête…

La prison de San Pedro était même devenue une attraction touristique pendant quelques années et puis le gouvernement a quand même fini par interdire cette pratique mais il est encore possible aujourd’hui d’entrer de manière illégale pour visiter la prison. Les filles nous l’ont évidemment déconseillé.

Nous avons également appris à mieux connaître les « Cholitas », ces femmes habillées de manière traditionnelle, qui tiennent de petits commerces dans la rue. A La Paz, elles portent des jupes longues qui couvrent leurs mollets et quand elles souhaitent aguicher les hommes, elles découvrent leurs mollets. Leur manière de porter leur chapeau peut aussi en dire long sur leur situation de famille. Si le chapeau est centré, cela signifie que la dame est mariée, s’il est porté sur le côté, c’est qu’elle est à la recherche de l’âme sœur et si le chapeau est porté légèrement en arrière, cela signifie que son couple bat de l’aile.

Dans la matinée, nous avons même fait une petite pause au marché pour déguster de merveilleux jus de fruits frais, je suis même devenue accro.

En route pour El Choro…

Non de loin de La Paz se trouve la chaîne de montagnes des Yungas. Après l’agitation de la mégapole, nous avons eu envie de retrouver notre chère nature.

Après 30 min de bus, nous nous sommes retrouvés seuls au monde à La Cumbre, à 4 725 m d’altitude. Nous nous sommes enregistrés au bureau du Parc National Cotopata avant de rejoindre le point culminant du trek, l’Abra Chucura à 4 859 m.

Le temps, un peu nuageux au départ, nous a laissés entrevoir quelques montagnes avant que la brume ne nous encercle complètement. Nous sommes descendus dans une vallée pendant plusieurs heures sans apercevoir le moindre sommet. En plus de cela, nous étions trempés par une pluie qui n’a cessé de s’intensifier, une belle journée pour commencer !

Nous avons atteint un premier camp à l’heure du déjeuner, heureux de pouvoir nous abriter pour pique-niquer. Nous avons ensuite eu une petite heure de répit avant que la pluie ne reprenne de plus belle. Alors les sentiers incas pavés c’est joli mais pas très commode sous la pluie. Après encore quelques heures de marche, de multiples glissades et deux chutes pour David, nous sommes arrivés à Challapampa, un village de deux maisons où nous avons planté notre tente.

Ils doivent être habitués à ce genre de temps car il y avait des emplacements couverts. L’orage a grondé toute la soirée, nous n’étions donc pas mécontents d’avoir un toit au-dessus de notre petite maison.

Dans la journée, nous avions déjà perdu 2 000 mètres et le paysage avait commencé à changer. Des alpages de montagnes, nous étions passés à des zones un peu plus boisées et denses.

Le lendemain, nous sommes repartis sous un ciel un peu plus clément mais toujours couvert. Nous sommes descendus le long du torrent dans une forêt humide jusqu’au village d’El Choro avant de remonter la colline. Pendant 9h, nous sommes montés, descendus, remontés, redescendus, de vallée en vallée. Nous avons croisé quelques villages, enfin quelques maisons avant d’atteindre Sandillani. Une longue journée donc, dans la chaleur moite d’une forêt dense et humide. Au total, 500 m de dénivelée positive et 1 300 m de dénivelée négative, nous étions contents d’arriver.

Le village était quasiment désert, nous avons été accueillis par une femme qui nous a indiqué être sur le départ pour le village de Chairo, à 2h30 de marche. Elle a fait sa toilette sur le bord du chemin avant de nous laisser seuls. Nous avons monté notre camp, toujours à l’abri, avant nous aussi de faire un brin de toilette sur le bord du chemin. Nous avons dîné à la belle étoile avant de sombrer dans les bras de Morphée.

Le lendemain, nous avons terminé notre balade au village de Chairo. 57 km parcourus en 3 jours dans des paysages totalement changeants. Partis de 4 725 m, nous sommes finalement arrivés à 1 200 m et avons gagné quelques degrés.

Nous avons trouvé un combi qui nous a remontés jusqu’au village de Coroico où avons pu trouver un véhicule pour nous ramener à La Paz. Après 3 jours loin de la civilisation, nous avons retrouvé notre La Paz bouillonnante.

Los niños de la calle – Proyecto Luz de Esperanza

Antoine, un collègue et ami, a travaillé de nombreuses années à La Paz. Sachant que nous arrivions en ville et que l’un des buts de notre tour du monde était de faire des rencontres, il nous a parlé d’un formidable projet que notre société avait soutenu pendant plusieurs années.

Le projet Luz de Esperanza (Lumière d’espoir) a pour objectif de venir en aide aux enfants de la rue. Il s’agit en fait d’un foyer qui accueille et/ou recueille des enfants abandonnés, maltraités ou qui vivent dans la rue, la plupart d’entre eux ayant sombré dans l’alcool ou la drogue (sniffe de colle).

Le site Luz de Esperanza

Le site Luz de Esperanza

La sœur Doris, originaire du Pérou, dirige ce projet depuis le 16 mars 2000, date de l’ouverture de l’orphelinat. Aujourd’hui, elle est épaulée par trois anciens enfants de la rue : Victor, Daniel et Judan.

Luz de Esperanza accueille des jeunes entre 12 et 18 ans mais il y a évidemment des exceptions. A l’heure actuelle, le plus jeune a 7 ans. Il a été abandonné par sa mère et a vécu dans la rue un moment avant de venir frapper à la porte de la fondation. Son frère étant déjà dans les murs, Doris a bien sûr accepté de le recueillir également. Certains pensionnaires qui ont décidé de poursuivre des études supérieures sont également plus âgés mais qu’importe, l’essentiel est d’aider tous ceux qui veulent s’en sortir.

L’âge compte peu au final, en revanche le nombre de pensionnaires est limité à 25. Doris et les responsables du projet souhaitent que le groupe constitue une famille et pour cela, il ne faut pas que les enfants soient trop nombreux. De plus, n’étant que quatre à encadrer les jeunes, ils veulent pouvoir être disponibles pour chacun d’entre eux.

A compter de 2002, la Fondation SUEZ a commencé à soutenir le projet « Luz de Esperanza ». Antoine est arrivé en Bolivie en 2004 et s’est impliqué avec cœur, depuis cette date, dans cette aventure extraordinaire. Jusqu’en 2010, la fondation a financé de manière importante la construction de bâtiments, d’un terrain de sport couvert et d’un puits qui permet à l’orphelinat d’avoir l’eau courante sur tout le site, ce qui n’est pas le cas dans tout le reste d’El Alto.

Aujourd’hui, le projet reçoit beaucoup moins d’aide mais continue à venir en aide aux « niños de la calle ». Leurs besoins les plus importants concernent l’alimentation et l’éducation des enfants.

Luz de Esperanza travaille avec une agence de voyage qui propose aux touristes de venir visiter l’orphelinat. Celle-ci demande à ses clients, s’ils le souhaitent, d’apporter des vêtements pour les enfants. En contrepartie de ces visites, l’agence finance le projet pour payer l’électricité, le gaz ainsi que deux professeurs qui viennent enseigner à l’orphelinat. Le projet dispose de certains dons ponctuels de meubles, d’équipements ou de matières premières de la Banque Mondiale ou de pays étrangers mais quasiment rien n’arrive par la Bolivie.

Nous avons visité toutes les installations avec Doris. Il y a bien sûr des hébergements pour les jeunes qui sont en chambres de 6, des sanitaires qui ont été construits en forme de cercle pour ne pas rappeler aux jeunes leur vie dans la rue où ceux-ci sont alignés ainsi qu’une cuisine et une cantine commune.

Côté éducation, les jeunes disposent d’une bibliothèque, d’une salle TV, d’une grande salle de cours, d’un atelier de musique et d’un terrain de sport couvert.

Enfin, côté ateliers pratiques, il y a :

  • un atelier de travail du bois,
  • un atelier de couture et fabrication de vêtements et objets artisanaux (sacs, porte-monnaie, etc.),
  • un atelier de travail des métaux,
  • des serres de culture,
  • des bâtiments pour les animaux (lamas, moutons, cochons et poules).

Le fonctionnement au quotidien s‘organise selon un planning établi pour les jeunes. Le matin, les plus jeunes vont à l’école à l’extérieur de l’orphelinat alors que les plus grands étudient sur place, le but étant de leur éviter de replonger dans l’alcool ou la drogue en quittant les murs. Ensuite, chacun a des tâches à remplir pour la vie en communauté (cuisine, ménage, soins des animaux, travaux de construction, etc.) ou bien s’occupent aux activités pratiques. Les jeunes fabriquent des produits artisanaux (céramiques, objets en bois, bientôt objets en verre suite à l’acquisition d’une nouvelle machine, sacs, objets divers et vêtements traditionnels) qui sont vendus aux touristes qui viennent en visite. Enfin, le vendredi est consacré au lavage du linge. L’orphelinat dispose de quelques machines à laver mais seuls les jeunes qui font des études supérieures ou les tout petits peuvent les utiliser, les autres font leur lessive à la main et parfois, en guise de récompense, ont droit à la machine à laver. Le planning tourne chaque semaine afin que chacun apprenne la vie, un métier, le partage.

Certains jeunes, les plus âgés, ont décidé de poursuivre des études supérieures. Il y a aujourd’hui au sein de Luz de Esperanza des ingénieurs civils. Ceux-ci ont construit un nouveau bâtiment pour leur logement. Cela leur permet de travailler plus au calme et d’être indépendants. Pour accéder à ce bâtiment, le contrat moral prévoit que le jeune travaille durant un an pour gagner de l’argent et ensuite il peut habiter là et étudier. Tous doivent continuer à faire de petits boulots pour soit financer leurs manuels scolaires, soit leur scolarité pour ceux qui ne sont pas inscrits à l’université publique d’El Alto.

Côté psychologie, pendant 6 mois de l’année, un psychologue vient chaque mercredi et samedi pour parler avec les enfants, soit en groupe, soit de manière individuelle. Pendant le reste de l’année, ce sont les responsables du projet qui prennent le relais et organisent ces groupes de parole. De manière surprenante, ces enfants qui ont vécu des choses atroces dans la rue parviennent à mettre des mots sur leurs maux ou parfois à exprimer leur douleur par des dessins. Enfin, tous arrivent à exprimer l’amour qu’ils portent à Doris, la mère qu’ils n’ont jamais eue.

Après la visite, nous avons été conviés à manger avec Doris et tous les enfants. Le repas a évidemment commencé par une prière et s’est poursuivi dans le silence. Peut-être était-ce à cause de notre présence, nous ne savons pas. A la fin du repas, l’un des responsables, David, nous a exprimé sa reconnaissance. Il a été très touché par notre visite et nous a dit que les portes de Luz de Esperanza seraient toujours ouvertes.

Toute l'équipe présente

Toute l’équipe présente

Nous avons une nouvelle fois pu constater que ce sont souvent les personnes qui sont le plus dans le besoin qui sont aussi les plus généreuses…

Après le repas, Doris nous a emmenés en salle télé pour visionner un film qui a été réalisé sur le projet, très émouvant… Certains enfants se sont joints à nous avant de retourner à leurs travaux.

Nous avons ensuite continué à parler du projet avec Doris. Il n’y a pas de fille à l’orphelinat, Doris nous a expliqué qu’elles sont plus dures et ne viennent pas facilement demander de l’aide. Lorsqu’il y en a, Doris les accueille directement chez elle pour ne pas perturber l’ambiance à l’orphelinat.

Il y a également des bénévoles qui viennent, plusieurs semaines ou plusieurs mois, pour aider, soutenir les enfants dans leur reconstruction. Là encore pas de fille suite à une mauvaise expérience. Une fille est venue, elle est tombée amoureuse de l’un des pensionnaires, est repartie avec et puis l’histoire s’est terminée et le jeune a sombré… Difficile de faire la part des choses lorsque l’on a une histoire difficile.

Les enfants ont de la chance d’avoir ces personnes, ils sont tous investis et pour cause, certains sortent aux aussi de la rue.

Depuis le début du projet, Luz de Esperanza a accueilli environ 400 enfants. 150 ont aujourd’hui de belles situations et ont éventuellement fondé une famille, 150 autres s’en sortent mais plus difficilement, ils ont des petits boulots et vivotent. Enfin, les 100 derniers sont retournés à la rue, retombés dans l’alcool et la drogue qui ont fini par les tuer…

En fin d’après-midi, nous avons repris la direction de La Paz. Doris est venue avec nous, je crois que tout le monde était heureux que nous soyons venus, que nous n’ayons pas eu peur, que nous soyons intéressés par leur histoire…

Nous avons vraiment passé une merveilleuse journée avec eux et avons été très touchés par ces nombreuses histoires. La plus belle récompense est de voir que nombreux sont ceux qui s’en sont sortis.

Doris et Daniel, deux piliers du projet

Doris et Daniel, deux piliers du projet

Nous avons bien pensé à eux le 25 septembre, l’anniversaire de l’arrivée du premier pensionnaire dans les murs.

Nous souhaitons bon vent à chacun d’entre eux…

Si comme nous, vous avez été touchés par l’histoire de ces bambins et que vous souhaitez contribuer à leur bonheur, n’hésitez pas à nous faire signe, nous vous mettrons en relation avec Doris.