Alice Springs

Alice Springs

Du 16 au 19 février 2015

Le gigantisme de l'Australie

Le gigantisme de l’Australie

Une ville, tranquille…

Après 3 semaines passés sur les pistes de l’Outback, nous n’étions pas pressés de retrouver la ville, d’une part, parce que cela signifiait que nous allions redevenir piétons et, d’autre part, parce qu’il allait falloir trouver un backpack. Enfin, nous étions plutôt tristes à l’idée de quitter cet environnement auquel nous nous étions si bien fait…

Au final, notre arrivée à Alice Springs n’a pas été si désagréable, la ville est assez étendue mais constituée essentiellement de quartiers pavillonnaires, le bush est encore très présent, bref, on se sent encore bien plongé dans l’Outback.

La dame qui nous avait accueillis à Standley Chasm nous a recommandé un backpack que nous avons trouvé en entrant dans la ville, bref, nous n’avons pas eu à arpenter le centre-ville pour dégotter la perle rare. Chambres climatisées avec salle de bain privative, piscine, terrasse et un accueil plutôt chaleureux, pas mal pour un dernier backpack australien.

Nous avons passé 3 jours à Alice Springs et avons alterné quelques visites avec notre rendez-vous quotidien à la bibliothèque municipale. Ne pensez pas que nous ayons été en manque de culture, nous cherchions simplement une connexion internet digne de ce nom… Eh bien même là, nous ne l’avons pas trouvée, impossible de vous alimenter en nouvelles aventures !

Apollo Alice Springs, fin de la mission !

Notre traversée du désert s’est achevée à Alice Springs, tout comme notre séjour à bord de notre maison roulante. Le lendemain de notre arrivée, nous sommes allés rendre notre van 4*4 et le manager de l’agence d’Alice n’a pas été déçu de notre passage.

Outre la vétusté constatée lors de la prise du véhicule, nous avons découvert quelques autres points plus ou moins gênants à l’utilisation. Lorsqu’il s’agit d’éléments de confort, nous pouvons être compréhensifs mais quand on s’attaque à la sécurité, nous sommes beaucoup moins conciliants.

Premier point, le van est constitué d’un porteur et d’une cellule mais le véhicule n’est équipé que de rétroviseurs classiques. Nous nous sommes vite aperçus qu’il était impossible de savoir si nous étions suivis par un véhicule car nous ne voyions absolument rien. Deuxième point, et pas des moindres, nous avons eu la surprise de constater que le frein à main n’était pas très fiable et avons donc pris l’habitude de caler notre véhicule lorsque nous étions stationnés en légère pente. Oui, mais malheureusement, nous avons oublié une fois de le faire. Nous étions tranquillement dans la cellule en train de préparer notre petit apéro lorsque nous avons entendu un bruit suspect. J’ai tout de suite ouvert la porte et me suis aperçue que nous étions en train de reculer. Fort heureusement, nous étions au campground d’Ellery Creek et l’emplacement était délimité par des bastings en bois plantés dans le sol. L’un d’eux a stoppé notre course mais nous avons eu une grosse frayeur, d’autant que nous aurions été au bord d’un précipice, c’était pareil, sauf pour la fin…

Nous sommes donc arrivés chez Apollo un peu remontés par toutes ces déconvenues, d’autant que la location n’était pas donnée et que nous avions quand même pris le véhicule pour 3 semaines. Au moment de l’état des lieux, nous avons précisé les différents points à l’agent qui réceptionnait le véhicule, lequel nous a renvoyés vers son manager.

Problèmes de sécurité liés au frein à main et aux rétroviseurs, problème de confort liés aux moustiquaires défectueuses, à la bâche de toit dont la réparation de fortune était en train de lâcher, aux portes de placards qui ne fermaient pas, à la chaise cassée, nous lui avons fait une liste à la Prévert, sans oublier les commentaires quant au manque de sérieux des équipes et à la mauvaise image de l’entreprise.

Le manager a été très compréhensif et s’est excusé pour les désagréments subis en nous demandant ce que nous souhaitions. Etant sur le point de quitter le pays, notre réponse a été très claire, un remboursement partiel de notre location. Deux solutions nous ont été proposées : être remboursés immédiatement de 300$ (à peine 1/10ème de la somme totale) ou porter réclamation auprès du siège sans savoir exactement quand nous serons contactés et quelle somme nous serait rétrocédée. Après réflexion, nous avons décidé de prendre ce qui pouvait l’être, sachant très bien que les communications longue distance sont parfois difficiles. Nous n’excluons pas l’éventualité de faire une réclamation complémentaire, considérant que la société s’en sort plutôt bien avec 300$ de dédommagement…

Cette expérience ne manquera pas de nous être utile en d’autres circonstances… nous ne serons plus des novices de la location de van.

The School Of The Air, une révolution

L’ASSOA – Alice Springs School Of The Air – est une école de téléenseignement qui a été créée en 1951. Sa fondatrice, Adelaide Miethke pensait que les enfants vivant dans des endroits isolés manquaient de contacts sociaux et que la radio pouvait apporter une composante communautaire à l’éducation des enfants vivant dans ces régions.

Bienvenue à la School Of The Air

Bienvenue à la School Of The Air

Cet organisme d’enseignement à distance regroupe des enseignants, du personnel de soutien, des parents, des tuteurs à domicile et des élèves. Au départ, les cours étaient donnés par radio puis, l’évolution des technologies et notamment le développement d’Internet a permis d’améliorer l’interactivité entre les professeurs, les élèves et les tuteurs. Un portail type Skype permet aux professeurs de délivrer les leçons mais aussi du temps de soutien individuel.

Les cours, à proprement parler, sont de courte durée, l’essentiel du travail étant fait par l’élève, avec son tuteur (l’un des parents ou un tuteur dédié), sur les supports envoyés par correspondance. Le programme délivré est celui des écoles publiques municipales.

L’ASSOA est la plus grande salle de classe du monde, elle couvre une superficie de 1 300 000 km², soit deux fois la taille du Texas – aux Etats-Unis – et dix fois la taille de l’Angleterre.

Pour s’inscrire à l’ASSOA, les enfants doivent résider à plus de 50 km d’une école municipale. Les élèves vivent dans des domaines d’élevages bovins, des communautés aborigènes, des installations touristiques, des parcs nationaux, des bases militaires ou voyagent avec leur famille. Les enfants peuvent être scolarisés dès 4-5 ans et jusqu’à 14-15 ans, la 9e année pour eux. S’ils veulent poursuivre des études supérieures, ils doivent soit quitter leur famille et venir en internat à Alice Springs, soit suivre des cours par correspondance via l’école de Darwin.

Aujourd’hui, l’ASSOA compte 122 élèves répartis sur une immense zone circulaire autour d’Alice Springs. La communauté la plus éloignée est à 1 009 km et les élèves les plus isolés sont deux petits bouts de chou qui vivent dans une cattle station – domaine d’élevage bovin – en plein désert à 750 km d’Alice Springs, à 9h de route.

Cette School Of The Air a vraiment permis à ces enfants de sortir de l’isolement lié aux activités de leurs parents, une magnifique entreprise.

The Old Telegraph Station

La station de télégraphe d’Alice Springs se trouvait à mi-chemin sur la ligne reliant Darwin, au nord, à Adélaïde, au sud de l’Australie. Ouverte en 1872, elle a joué un rôle très important dans le développement du pays, en réduisant notamment l’isolement de l’Australie vis-à-vis du reste du monde. Les échanges de messages personnels et professionnels sont devenus possibles en quelques heures, là où il fallait auparavant attendre des mois que les bateaux arrivent.

La construction de la ligne télégraphique reliant le nord au sud – 3 000 km – n’a duré que 2 ans. La station principale a été installée à Alice Springs alors que des stations relais ont été implantées tous les 250-300 km.

Tout au long de la ligne, des villages se sont construits autour des stations relais et la vie s’est ainsi développée dans l’Outback.

Le directeur de la station d’Alice Springs était un homme très important, d’une part, parce qu’il dirigeait la station la plus importante de la ligne du télégraphe et, d’autre part, parce qu’il dirigeait le bureau de Poste de la ville et était le responsable officiel des aborigènes d’Australie Centrale. C’était le seul magistrat de la région et rendait, à ce titre, des jugements au sein de la station. Il était également en charge de l’accueil des voyageurs et officiait en tant que médecin d’urgence dans les cas extrêmes, suivant les instructions télégraphiées depuis Adélaïde.

Outre son rôle central dans la vie communautaire, la station jouait également un rôle scientifique. Toutes les 4h, de jour comme de nuit, l’opérateur de garde faisait des relevés de température, de pression, de mesure du vent et d’évaporation qu’il transmettait à Adélaïde où ces données étaient étudiées par des scientifiques.

En termes de ravitaillement, tout était organisé grâce aux chevaux et aux chameaux, ces derniers pouvant transporter jusqu’à 250 kg. Les conditions de vie étaient relativement bonnes pour l’époque.

Le seul problème aura sûrement été les « half-caste », les enfants nés d’un père blanc et d’une mère aborigène. Les hommes ont souvent laissé les femmes aborigènes seules avec leurs enfants, sans moyen. A force de voir leur nombre grandir, l’Etat a pris des mesures pour placer ces enfants dans des institutions, afin de leur apporter une éducation « à l’européenne ». Parfois, les enfants étaient déplacés avec leur mère qui pouvait être employée par une famille en tant que servante mais parfois, ils étaient simplement séparés et ne se revoyaient jamais… Un drame pour ces enfants et leurs mères.

En 1932, la station du télégraphe d’Alice Springs a été convertie en une maison pour les enfants aborigènes.

Rencontre avec… un perenty

La Old Telegraph Station est située assez loin du centre-ville, nous avons donc marché une bonne heure pour rejoindre la réserve. En arrivant, nous sommes tombés sur deux kangourous, une femelle et son petit. Une dame en voiture nous faisait signe, nous pensions qu’elle voulait nous montrer les kangourous mais non, elle essayait de nous dire qu’il y avait sous nos yeux un perenty. Il s’agit du quatrième plus grand lézard au monde, il peut mesurer jusqu’à 2,5 mètres, peser 20 kg et sa morsure s’avère venimeuse.

A priori, nous l’avons un peu dérangé car il était en train de chasser… nos jolis petits kangourous ! Oui, cette bestiole avale des kangourous, assez incroyable quand on compare la taille des deux animaux…

David s’est approché pour le filmer mais le perenty lui a vite fait comprendre qu’il valait mieux rester éloigné. Nous avons surveillé ses déambulations en faisant attention de ne pas le perdre de vue puis avons filé au Télégraphe.

 

The Royal Flying Doctors Service – RFDS

La première base de médecins de l’air fut établie dans le Queensland en 1928. Celle d’Alice Springs fut, elle, créée en 1939, grâce aux efforts d’un groupe de femmes d’Australie Méridionale, en hommage aux pionnières de l’Outback.

The Royal Flying Doctors Service

The Royal Flying Doctors Service

Aujourd’hui le RFDS – Royal Flying Doctors Service – compte 21 bases en Australie et exploite 5 installations médicales. Leurs interventions couvrent 80% du territoire avec une flotte de 63 avions. Le service répond à environ 250 000 appels par an, soit un appel toutes les 2 min, 24h/24 et 7j/7.

Alice Springs, Port Augusta et Adélaïde en Australie Méridionale se complètent aujourd’hui pour offrir les 3 bases opérationnelles qui composent les activités centrales du RFDS couvrant les Territoires du Nord et de l’Australie Méridionale. En plus de ces aéroports et bases opérationnelles, le RFDS exploite également des installations médicales à Tennant Creek et à Marree.

La région couverte par ces antennes est d’environ 800 km à la ronde autour d’Alice Springs. Près de 36 000 personnes vivent dans cette zone et 90% d’entre elles sont aborigènes. Aujourd’hui, la consultation et le diagnostic se font principalement par téléphone et seul le médecin peut autoriser un avion à transporter un patient à l’hôpital. Ceux-ci sont transférés depuis le hangar du RFDS à l’hôpital local par ambulance pour y recevoir des soins médicaux supplémentaires.

L’équipe d’Australie Centrale se compose de 11 infirmières de bord à temps complet, toutes employées par le RFDS, et d’une équipe de médecins qui eux, sont employés par les Services de Santé des Territoires du Nord. Cette équipe assure l’assistance médicale pour tous les vols ordinaires et d’urgence. La plupart du temps, seule l’infirmière se rend sur les lieux, mis à part dans les cas compliqués où le médecin se déplace également.

A Alice Springs, 6 avions monomoteurs Pilatus PC-12 – 6 millions de dollars pièce – sont en service. 11 pilotes et 5 mécaniciens officient sur ces machines qui peuvent évacuer jusqu’à 6 personnes à la fois, en 1h30 de vol maximum sur la région couverte.

Dans le centre d’Alice Springs, un écran présente en temps réel une carte d’intervention de tous les avions en Australie.

La localisation des appareils, en temps réel

La localisation des appareils, en temps réel

Les activités du RFDS sont financées à hauteur de 30% par les gouvernements du Commonwealth ainsi que les Etats des Territoire du Nord et d’Australie Méridionale. Le reste des fonds est obtenu via des dons d’entreprises comme les sociétés minières ou des particuliers. De nombreux bénévoles contribuent chaque année à recueillir des fonds pour que les Flying Doctors continuent à voler.

Toutes ces informations nous ont été présentées au travers d’un film qui retrace l’activité du RFDS mais également les témoignages de personnes ayant bénéficié de ces services. De nombreuses vies ont ainsi été sauvées, on comprend mieux l’importance de cette institution en Australie. Outre les activités de consultations et d’interventions d’urgence, le RFDS assure également des transferts de patients d’hôpitaux locaux vers ceux des grandes agglomérations quand la situation le nécessite. Ils peuvent également être sollicités dans le cas de transports de patients en attente de greffe.

Nous avons également pu comprendre l’évolution du RFDS au travers d’un petit musée qui présente les moyens mis en œuvre, entre avions et moyens de communication.